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La Patagonie rebelle
LE MONDE LIBERTAIRE n° 1043, du 16 au 22 mai 1996

Malgré son importance historique, le mouvement anarchiste argentin reste méconnu en France. Les textes en français sont rares, aussi faut-il se réjouir de plusieurs parutions récentes. Après deux brochures des éditions Partage noir [1], un livre chez ACL [2], les éditions Acratie et ACL associées nous proposent aujourd’hui La Patagonie rebelle d’Osvaldo Bayer, paru en 1985 en Argentine (300 pages, 120 francs).

Les événements relatés dans ce livre s’inscrivent dans la longue suite de tragédies qui ont marqué le mouvement ouvrier en Argentine. Les massacres de Patagonie (1921) surviennent après les fusillades de la Semaine rouge (1909) et la de Semaine tragique (1919). La répression continuera tout au long du siècle pour culminer dans l’horreur avec la dictature militaire de 1976-1983 (30 000 disparus).
Au début du siècle, le mouvement syndical est marqué par la présence de la FORA (Fédération ouvrière régionale argentine), anarcho-syndicaliste, plus vieille section de l’AIT. Elle compta jusqu’à 100 000 adhérents.
L’économie de la Patagonie est centrée sur le mouton. La région est divisée en immenses haciendas appartenant à des propriétaires fonciers et des capitalistes argentins et anglais. Les ouvriers et les péons (travailleurs agricoles) vivent dans des conditions lamentables et travaillent pour des salaires de misère. Ils vont déclencher des grèves sous l’impulsion de la Société ouvrière de Rio Gallegos [3]. Celle-ci est affiliée à la FORA, et son secrétaire est l’anarchiste espagnol Antonio Soto. La plupart des grévistes sont des étrangers Chiliens, Espagnols, Russes, Allemands...
Par nationalisme et pour protéger les intérêts des grands propriétaires, un corps expéditionnaire, commandé par le lieutenant-colonel Varela, est chargé de rétablir l’ordre. La répression est impitoyable. Entre 1 500 et 2 000 travailleurs furent fusillés sans procès, alors que le gouvernement radical venait d’abolir la peine de mort ! En janvier 1923, Varela sera assassiné par l’anarchiste Kurt Wilckens.
Le livre d’Osvaldo Bayer, journaliste et écrivain argentin, est la version abrégée de Los Vengadores de la Patagonia trágica, qui se compose de quatre gros volumes. Les trois premiers parurent entre 1972 et 1974. Le quatrième fut publié en Allemagne car l’auteur avait dû fuir la dictature. Osvaldo Bayer a réalisé une enquête très minutieuse sur le terrain. II a rencontré et interviewé de nombreux témoins des événements. Sur les lieux des massacres, il a même retrouvé des restes humains. Un film a été réalisé à partir de son livre [4].
Nous souhaitons maintenant d’autres textes sur le mouvement ’anarchiste argentin ; plusieurs de ses figures (Severino Di Giovanni, Simón Radowitsky...) sont particulièrement attachantes et méritent d’être mieux connues.

PHILIPPE


NOTES :

[1La FORA dans le mouvement syndical argentin, éditions Partage noir, 1989. Axel Martin, Patagonie 1921 : grèves et massacres, éditions Partage noir, 1993. Ces brochures sont épuisées.

[2Osvaldo Bayer, Les Anarchistes expropriateurs, éditions ACL, 1995. Prix 50 francs. En vente à la librairie Publico. Ajoutez 10% de frais de port.

[3Ville principale de la province de Santa Cruz (sud de la Patagonie).

[4Hector Oliveira, La Patagonia Rebelde, 1974.