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L’anarchisme ouvrier et la philosophie
Le Monde libertaire n° 1841 - été 2022

Ça peut se lire

Anarchisme et pierre philosophique

Daniel Colson, en reprenant cinq textes parus entre 1977 et 2013, dont quelques-uns en version remaniée, s’attaque au délicat rapport entre anarchisme ouvrier et philosophie. Anarchisme ouvrier qu’il choisit d’étudier sans pour autant nier et minoriser les autres formes d’anarchisme (pacifiste, antimilitariste, féministe, éducationniste, individualiste...). Anarchisme ouvrier qu’il définit dans un premier temps comme « une série de mouvements et d’expérimentations collectives à caractère libertaire et révolutionnaire [...] apparus au tournant du XIXe et XXe siècle dans la plupart des pays en voie d’industrialisation ». Anarchisme ouvrier qui récuse « toute prétention marxiste et révolutionnaire à confier aux seuls intellectuels le soin de produire et de maîtriser le savoir émancipateur ».

Défilé de textes

Dans un premier texte, Colson établit un pont conceptuel entre des textes de Pouget et Griffuelhes et les pensées de Nietzsche et Deleuze. Pont dont il dégage des préoccupations et des valeurs communes mais dans des registres d’écritures à l’évidence très différents.

L’anarchisme ouvrier et la philosophie se poursuit par une réflexion sur le rapport des anarchistes aux sciences considérées comme un outil d’une construction matérialiste s’appuyant sur les faits afin d’établir une société de la liberté.
Un troisième article souligne, à juste titre « les points de rencontre » et les proximités entre la pensée de Nietzsche, lecteur de Stirner et l’anarchisme ouvrier issu de la pensée proudhonienne.

Je laisserai de côté le texte sur le rapport entre le philosophe Agamben et l’anarchisme pour évoquer la 5e contribution de Colson intitulée Lecture anarchiste de Spinoza où, après avoir analysé la lecture, plus ou moins approfondie, de Spinoza par Proudhon et Bakounine, l’auteur souligne ce que Spinoza mit « au jour sur le terrain de la philosophie, on le retrouve dans la façon dont Proudhon et l’anarchisme ouvrier font exploser la distinction moderne entre individus et collectifs ». Et d’ajouter : « puissance, liberté, puissance d’agir, intérieur, soi, même si les références théoriques sont différentes [chez Spinoza], nous retrouvons ainsi le vocabulaire et les perspectives de Proudhon qui écrit dans De la justice : "Si l’homme pense par lui-même, s’il produit ses idées comme son droit, il est libre" ».

Pas toujours facile à lire, ce livre offre une approche renouvelée de la pensée anarchiste et de la proximité qu’elle entretient, ou pas, avec d’autres philosophies.

Hugues, Groupe Commune de Paris