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Anarchie économique
Extraits

Pour vous donner envie de lire ce livre, quelques citations.

L’anarchie, parce qu’elle reconnaît l’infinité des mondes que contient ce monde, se détourne de ces focalisations maladives. Elle reconnaît la justesse des critiques de la forme marchandise et comprend la force et la prétention de cette dernière à dominer entièrement l’existant. Elle le fait d’autant mieux qu’elle est attentive à toutes les formes de sensibilité, de dénonciation sensible de l’horreur marchande (tels l’urbanisme pavillonnaire, le nihilisme de l’art contemporain, etc.) ; l’élaboration de savoir savants n’est qu’une forme de sensibilité, ou subjectivité, particulière. C’est pourquoi l’anarchie est portée tout autant par des écrivains, des poètes et des musiciens.

L’anarchie s’intéresse, comme à toute chose, aux pratiques coopératives et émancipatrices et reconnaît bien volontiers, lorsque tel est le cas, leur capacité à promouvoir localement des rapports plus libres entre les êtres. Ce qu’elle refuse c’est la prétention de certaines d’entre elles à se constituer comme source principale de réagencement du monde. C’était déjà vrai lorsque des « socialistes utopiques » allaient, en France ou au-delà des mers, constituer des colonies – des « communautés » dirions-nous aujourd’hui – destinées à illuminer et bouleverser le monde entier par effet d’imitation généralisée. C’est d’autant plus vrai dans le contexte contemporain où la marchandise a jeté ses larges filets.


Une forme sociale, la marchandise, née de l’imagination fertile des êtres humains, leur a échappé au point d’installer une domination qui les coupe des plaisirs et des contraintes nées de la vie naturelle et sociale. À la différence des grands prêtres traditionnels, les pseudo dirigeants contemporains avouent benoîtement, comme le plus plat des nihilistes, fonder leur œuvre sur rien. Aucun message divin, aucune providence, aucune finalité. Comment pourraient-ils dire le contraire puisque, simples supports déshumanisés permettant aux marchandises d’aller sur les marchés, ils n’ont de fait jamais rien fondé du tout. Se contentant de détruire mécaniquement, en eux et hors d’eux, toute forme de vie qui passe à leur portée.


Bien évidemment, une approche libertaire reconnaît la totale liberté à d’autres de défendre le monde tel qu’il va, c’est-à-dire la tentative de pleine domination de la marchandise. Mais elle dénie tout caractère savant ou expert à leur propos. Et ce faisant, elle les invalide de fait. Car c’est faire grande violence à sa nature que de chercher à l’enfermer totalement dans les forces déclinantes de l’économie marchande. D’où l’appel permanent, dans les pauvres écrits favorables au libéralisme (et ils sont innombrables puisqu’il faut intégrer dans ceux-ci l’inépuisable littérature de la « régulation du capitalisme », de l’« altermondialisation », etc.) à la résignation, à la responsabilité qui commandent de respecter certaines « contraintes économiques ». À cet égard, le recours aux statistiques ou aux modèles mathématiques recherche un effet de démonstration de l’impossibilité de toute alternative à la société marchande.

Or les écrits authentiquement émancipateurs du libéralisme politique appartiennent définitivement à des temps antérieurs à la moitié du xixe siècle. Et nul n’y pourra rien changer.